Simplifier pour mieux raconter un lieu

La photographie de départ contient déjà tout ce qui fait le charme du lieu : le moulin, la mer, les collines, les fleurs et la lumière de Mykonos. (photo © Bryan Ledgard, licence Creative Commons)
Plusieurs éléments ont immédiatement attiré mon attention. Bien sûr, il y a le moulin lui-même, mais aussi les collines à l’arrière-plan, la mer, les fleurs et cette lumière méditerranéenne si caractéristique.
Pourtant, au moment de dessiner, je savais que je ne pourrais pas tout représenter.
Comme souvent dans un carnet de voyage, il faut choisir et c’est là qu’interviennent deux notions essentielles : la simplification et l’interprétation.
Ces notions se complètent mais elles ne désignent pas exactement la même chose.
La simplification consiste à éliminer certains éléments, alors que l’interprétation consiste à faire des choix pour mieux raconter ce qui nous a séduit.
Commencer par simplifier
Face à une scène riche en détails, mon premier objectif n’est jamais de tout dessiner.
Au contraire, je cherche d’abord à identifier les éléments indispensables à la lecture du sujet. Certains détails secondaires disparaissent progressivement et le dessin gagne alors en clarté et en lisibilité.

Le croquis conserve l’essentiel du sujet tout en supprimant une grande partie des détails secondaires.
À ce stade, le moulin s’impose déjà comme le centre d’intérêt de la composition.
Mais simplifier ne signifie pas seulement dessiner moins, c’est aussi préparer le terrain pour l’étape suivante.
Interpréter plutôt que copier
Je ne cherche pas à reproduire fidèlement la photographie, mon objectif est plutôt de retrouver l’impression que j’ai ressentie sur place.
Dans ce croquis, je me suis par exemple permis de faire apparaître une porte et quelques ouvertures qui ne sont pas visibles sous cet angle sur la photo. Elles existent pourtant sur le moulin réel.
Les ajouter me permettait de donner davantage de caractère au bâtiment et de créer quelques points d’accroche visuels supplémentaires.
Le dessin commence alors à s’éloigner de la photographie pour se rapprocher de ce qui m’interesse.
Organiser le regard
Une autre décision importante concernait la structure générale de la composition.
Sur la photographie, le premier plan est relativement complexe et les différentes masses se juxtaposent sans forcément guider le regard.
J’ai donc simplifié certaines formes et légèrement modifié leurs relations.
Mon intention était notamment de rapprocher visuellement la ligne du parapet du bas des collines afin de créer une continuité graphique.
Cette ligne accompagne naturellement le regard depuis le premier plan jusqu’à l’horizon.

Les collines sont réduites à quelques formes simples afin de soutenir la composition sans concurrencer le moulin.
Ce type de modification est souvent discret.
Pourtant, il contribue énormément à la fluidité de lecture d’une image.
Inventer une atmosphère
Le traitement du ciel est lui aussi une forme d’interprétation.
La photographie montre un vaste ciel bleu relativement uniforme.
En aquarelle, je préfère souvent profiter de cet espace pour créer davantage de respiration et de mouvement.

Le ciel devient une grande zone de lumière qui participe pleinement à l’ambiance du croquis.
Les lavis, les réserves de blanc et les nuances de bleu permettent de suggérer l’atmosphère du lieu tout en conservant la fraîcheur du carnet de voyage.
Le ciel ne se contente plus d’occuper l’espace, iIl participe à la composition.
Suggérer plutôt que décrire
Les bateaux constituent un bon exemple de cette démarche.
Dans la réalité, chacun possède ses propres détails, ses proportions et ses particularités, mans le croquis, je les ai volontairement réduits à quelques formes géométriques très simples.
Quelques traits suffisent à évoquer leur présence, cette simplification permet de conserver l’ambiance maritime sans détourner l’attention du moulin.
Dans un carnet de voyage, suggérer est souvent plus efficace que décrire.

L’aquarelle finale conserve l’esprit du lieu et quelques libertés de composition.
Si vous comparez la photographie et l’aquarelle terminée, vous constaterez que beaucoup d’éléments ont disparu et que certains ont été renforcés, déplacés, simplifiés ou réinventés. Par exemple, les coquelicots présents au premier plan existaient bien dans le paysage, mais j’ai choisi de leur donner davantage d’importance dans l’aquarelle et d’ajouter des pots de fleurs.
C’est précisément cette liberté de transformation qui m’intéresse dans le carnet de voyage.
La simplification permet d’éliminer le superflu et l’interprétation permet de mettre en valeur ce qui nous a touchés.
En fait, un croquis de voyage n’est pas une photographie simplifiée. C’est avant tout une vision personnelle, entre ce que l’on voit et ce que l’on choisit de montrer.
Pour aller plus loin
Vous pouvez voir toutes les étapes de réalisation de cette aquarelle du moulin de Mykonos dans Les Carnets Aquarelle n°48.
Vous y trouverez le croquis et les différentes étapes et explications détaillées de la réalisation, et bien d’autres sujets d’aquarelle (existe en version numérique à télécharger ou version papier sur ce site).

